Le raisonnement se tient, en apparence. La presse française parle des grands groupes, des licornes, des entreprises du CAC 40. Une PME belge de trente personnes n'a pas sa place à côté. Alors on n'essaie même pas.

Sauf qu'un journaliste ne mesure pas un sujet à la taille de l'entreprise. En rédaction, la question n'est jamais « est-ce une grosse société ? ». Elle est double : est-ce que c'est nouveau, et est-ce que ça concerne mes lecteurs ? Une PME peut répondre oui aux deux. Parfois bien mieux qu'un grand groupe, dont la communication est souvent si lisse qu'il n'y a plus rien à raconter.

Ce que les grands groupes n'ont pas

Une PME a des choses que les journalistes recherchent et trouvent rarement ailleurs. Un dirigeant joignable, qui répond lui-même et parle sans langue de bois. Une histoire lisible, avec un début, des difficultés, des choix. Une proximité avec le terrain qui permet d'expliquer un secteur de l'intérieur. Ce sont exactement les ingrédients d'un bon article.

Les sujets ne manquent pas non plus : une innovation qui règle un problème concret, une implantation en France avec des emplois à la clé, un parcours d'entrepreneur qui sort de l'ordinaire, un marché qui bouge et dont l'entreprise est le symptôme.

Il y a aussi une réalité très pratique : les rédactions régionales et spécialisées cherchent en permanence des entreprises à présenter. La presse professionnelle d'un secteur, les quotidiens régionaux, les médias économiques locaux vivent de ces histoires d'entreprises à taille humaine.

Trois histoires imaginaires, mais plausibles

Prenez une PME wallonne de trente personnes qui fabrique des pièces pour l'éolien. Son sujet n'est pas son catalogue : c'est la réindustrialisation vue depuis un atelier, et la raison pour laquelle la France est devenue son premier marché.

Prenez une start-up flamande qui s'installe à Lille. Son sujet, c'est ce que la métropole attire comme entreprises étrangères, et pourquoi elles choisissent le Nord pour tester la France.

Prenez enfin une entreprise familiale bruxelloise, à la troisième génération. Son sujet, c'est la transmission : comment on reprend une PME sans perdre l'envie de conquérir de nouveaux marchés.

Aucune de ces entreprises n'est grande. Toutes ont une histoire qui dépasse leur taille.

La bonne question à se poser

La vraie question n'est donc pas « sommes-nous assez grands ? », mais « avons-nous trouvé ce qui, chez nous, intéresse les autres ? ». C'est une question à laquelle on répond mal seul, parce qu'on est trop près de son entreprise pour voir ce qu'elle a d'étonnant. Un regard extérieur, qui connaît les rédactions, la trouve souvent en une conversation. Dites-nous ce que vous faites en une ligne : nous vous dirons l'angle que nous verrions.