Beaucoup de dirigeants belges que nous rencontrons ont la même réaction quand on leur propose une interview : « Est-ce que ce ne serait pas mieux que ce soit l'entreprise qui parle ? » C'est une forme de pudeur, et elle est sympathique. En Belgique, rester en retrait est souvent perçu comme une qualité.
En France, c'est un handicap. Les médias veulent une personne, un visage, quelqu'un qui assume une vision. Une entreprise qui ne parle qu'à travers des communiqués finit par ne plus être entendue du tout.
Même les habitués se préparent
À Paris, nous avons accompagné pendant trois ans des dirigeants de sociétés cotées. Des gens rompus aux assemblées générales, aux analystes, aux caméras. Aucun ne se présentait devant un journaliste sans préparation. Ce n'est pas une question de talent, c'est une question de méthode.
Voici ce que nous en avons retenu, et que nous transmettons aujourd'hui aux dirigeants de PME.
Parler de son marché avant de parler de soi
Le journaliste veut comprendre un secteur. Si vous l'aidez à le comprendre, avec des exemples, des chiffres, une lecture personnelle des tendances, vous devenez une source. Et une source, on la rappelle, y compris pour des sujets qui ne concernent pas directement votre entreprise.
Dire moins, mais le dire clairement
Arrivez avec trois messages, pas dix. Trois idées simples que vous voulez retrouver dans l'article ; le reste n'est que du contexte. Et laissez le jargon au bureau : si votre voisin ne comprend pas votre phrase, le lecteur ne la comprendra pas non plus. « Solution intégrée à forte valeur ajoutée » ne dit rien à personne. Un exemple concret dit tout.
Oser un avis, et répondre vite
« Ça dépend » est souvent la réponse la plus honnête. Ce n'est jamais une citation. Les journalistes cherchent des personnes qui assument un point de vue et savent l'argumenter. Enfin, la disponibilité compte autant que le fond : un journaliste qui boucle à 17 heures n'attendra pas le lendemain. Un échange de dix minutes aujourd'hui vaut mieux qu'une interview parfaite la semaine prochaine.
Un dernier point, souvent négligé : relisez vos citations si on vous le propose, mais ne réécrivez pas l'article. Corriger une erreur factuelle est légitime. Vouloir lisser chaque phrase donne au journaliste l'impression que vous ne lui faites pas confiance, et il s'en souviendra.
Personne ne naît à l'aise devant un micro
La peur de mal dire, de se faire piéger, de manquer de temps : nous l'entendons à chaque media training. Elle se travaille. On répète ses messages, on s'entraîne sur les questions qui fâchent, on apprend à recadrer sans esquiver. Les dirigeants qui font cet effort prennent souvent une longueur d'avance, parfois sur des concurrents bien plus gros qu'eux.
